“Clémentine Autain, l’atout unité des Insoumis”

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Candidate La France insoumise aux élections régionales en Ile-de-France, la députée de Seine-Saint-Denis plaide depuis toujours pour une stratégie d’union à gauche. Par Abel Mestre

Il s’agit d’apaiser et de prouver sa bonne volonté. En choisissant Clémentine Autain pour mener sa liste aux élections régionales en Ile-de-France, La France insoumise (LFI) veut changer d’image. Fini la stratégie solitaire imprimée par le mouvement depuis 2017. Place désormais au désir de dialogue avec le reste de la gauche, une inflexion amorcée lors des élections municipales de 2020. Avec un résultat très concret et très rapide de ce changement de cap : Clémentine Autain devrait bénéficier d’un soutien de taille dès le premier tour, avec l’appui du Parti communiste français (PCF).

Courant janvier, les délégués à la conférence régionale du PCF ont largement soutenu la stratégie d’union avec LFI dans la région capitale (69 voix pour, 9 pour un soutien à la liste menée par Audrey Pulvar, soutenue par le Parti socialiste, 8 pour une stratégie autonome). Les militants communistes doivent entériner ce choix au cours du week-end, mais un retournement est hautement improbable. « On a discuté avec tout le monde, on veut faire des traits d’union avec l’idée de battre Valérie Pécresse, explique Céline Malaisé, chef de file communiste. Clémentine avait affiché la couleur depuis le départ, ça se passe bien entre elle et le PCF. En tant qu’ancienne élue régionale [entre 2015 et 2017], elle sait pertinemment le mal que la droite fait à la région. »

Clémentine Autain, 47 ans, est ravie de ce soutien précoce, la députée de Seine-Saint-Denis plaide depuis toujours pour une stratégie d’union à gauche.Même si sa candidature a provoqué l’ire d’élus de sa circonscription, dont son prédécesseur à l’Assemblée, François Asensi, qui a publié un billet incendiaire sur son compte Facebook.

Une chose est sûre : en plaçant sa candidature sous le signe du rassemblement, Mme Autain veut montrer, dans les faits, que ce scénario est possible et ainsi créer un précédent pour l’élection présidentielle de 2022. Dans un entretien au Parisien le 11 janvier, elle dit d’ailleurs clairement que, si elle arrivait en tête au premier tour du scrutin régional prévu en juin, elle créerait « toutes les conditions pour qu’il y ait une fusion des trois listes des gauches et des écologistes. C’est la condition pour gagner face à Valérie Pécresse. J’appelle Julien Bayou et Audrey Pulvar à s’engager publiquement de la même manière. »

“On est complémentaires”

« Je suis sur une ligne d’ouverture et de rassemblement de la gauche, des écologistes et de la société civile, résume-t-elle au Monde, en insistant sur le soutien de l’urgentiste Christophe Prudhomme, qui sera en bonne position sur sa liste. Mes adversaires sont à droite. Le moment que l’on vit est extrêmement dur, si on se focalise sur nos différences, on n’est pas sortis de l’auberge. » Elle et son binôme Paul Vannier insistent sur des axes de campagne qui devraient faire consensus à gauche, comme combattre le « triptyque compétitivité-concurrence-attractivité porté par Valérie Pécresse », prôner un « choc de solidarité » contre la crise économique, avec une très forte augmentation de l’aide alimentaire et la gratuité de la cantine pour les premières tranches du quotient familial.

Mme Autain défend également la suppression des aides aux grandes entreprises qui font des bénéfices et qui licencient, ainsi que la suppression des aides à certaines associations, comme celles combattant le droit à l’IVG. Des thèmes qui parlent, normalement, à la gauche. Pourtant, pour l’instant, cet appel n’a pas suscité le même enthousiasme dans les autres formations de cette famille politique.

La députée « insoumise » de Seine-Saint-Denis, Clémentine Autain, à l’Assemblée nationale, en décembre 2020. MARTIN BUREAU / AFP

La tête de liste écologiste, Julien Bayou, connaît bien Mme Autain pour partager de nombreux combats avec elle. Ils se sont d’ailleurs retrouvés côte à côte le 17 janvier pour manifester contre le projet d’urbanisation du triangle de Gonesse (Val-d’Oise). « La seule absente était Audrey Pulvar, alors que c’est un combat symbolique », critique-t-on d’ailleurs chez les « insoumis ». M. Bayou voit positivement la candidature de Mme Autain, même s’il se refuse à parler clairement de fusion au second tour.

« J’ai apprécié ce qu’elle a dit dans Le Parisien. Nous avons un rassemblement avec le pôle écolo [Génération Ecologie ; les hamonistes de Génération.s ; CAP21 ; l’Alliance écologiste indépendante ; le Mouvement des progressistes], elle avec le PCF. Ça permet aux électeurs d’exprimer une préférence au premier tour et ensuite de se rassembler, pour faire de la région le fer de lance de l’écologie. » Reste que les Franciliens pourraient avoir du mal à différencier les deux projets, puisqu’il devrait y avoir de nombreux points de convergence. « L’idée n’est pas de faire le jeu des sept erreurs entre Clémentine Autain et moi. On est complémentaires. Je n’ai pas d’adversaire à gauche, je réserve mes critiques à Valérie Pécresse », ajoute le patron des écologistes.

Double volonté

Côté socialiste, on reste très prudents. On souligne, malgré tout, que « l’hypothèse d’un rassemblement unitaire existe. La gauche peut gagner la région »« La mauvaise nouvelle est que la gauche n’est pas rassemblée dès le premier tour, regrette un proche d’Audrey Pulvar. Il ne faut pas une guerre entre nous, mais créer des ponts et des mobilisations communes. »

Le choix de Clémentine Autain a, en tout cas, surpris dans le monde « insoumis ». Longtemps, la favorite fut l’avocate Raquel Garrido. Celle qui est également chroniqueuse dans une émission de Cyril Hanouna, sur C8, est une camarade de longue date de Jean-Luc Mélenchon. Elle porte et défend la stratégie populiste, le passage à la VIe République par une constituante et répond toujours présente quand il s’agit de défendre « Jean-Luc » sur la place publique, parfois même avec véhémence. Pourquoi ne pas l’avoir choisie, elle ? A LFI, on se drape dans l’indépendance de « l’équipe régionale » dont la grande majorité est tirée au sort : on le jure, M. Mélenchon n’y est pour rien. Officiellement, en tout cas.

Sous le couvert de l’anonymat, plusieurs « insoumis » voient dans ce choix une double volonté de la part du candidat à l’élection présidentielle. D’abord, donc, de se montrer sous son jour le plus ouvert, vis-à-vis des communistes qu’il courtise depuis plusieurs semaines pour les convaincre de le rejoindre dès le début de la présidentielle et ainsi empêcher une candidature concurrente. Ensuite, il s’agit également d’acheter la paix en interne, en bombardant une figure non alignée de LFI à la tête d’une des plus importantes campagnes des régionales. « Jean-Luc veut attirer la base socialiste et communiste. Clémentine est un bon outil pour cela », résume un cadre.

Clémentine Autain aura-t-elle, pour autant, les mains libres pour imprimer sa ligne à la campagne régionale ? Pas sûr. Plusieurs chefs de file départementaux désignés par LFI apparaissent comme les gardiens du « mélenchonisme » originel. Mme Garrido pourrait ainsi, à terme, prendre une part active dans la campagne. Plusieurs personnes la citent comme pouvant être chef de file départementale pour la Seine-Saint-Denis (en binôme avec William Martinet, ancien président du syndicat d’étudiants UNEF). Elle pourrait donc figurer en bonne place sur la liste, tout comme la communicante Sophia Chikirou qui, elle, devrait être désignée chef de file pour Paris (en binôme avec Raphaël Qnouch).Ce sera peut-être cela le plus difficile pour Clémentine Autain : être la chef d’orchestre d’une liste composée de fortes personnalités.

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