“Le changement de cap sera immédiat.”

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Interview publiée dans l’Humanité du 6 mai 2021 par Naïm Sakhi.

Clémentine Autain, candidate aux élections régionales, soutenue notamment par la FI et le PCF, publie ce jeudi un nouveau livre, Pouvoir vivre en Île-de-France. Entretien.

La députée FI Clémentine ­Autain, à la tête d’une liste de rassemblement regroupant la France insoumise, le PCF, la Gauche républicaine et socialiste et le Parti animaliste, souhaite incarner l’alternative sociale et écologique à Valérie Pécresse (ex-LR), présidente sortante de la région francilienne. Dans un livre qui paraît ce jeudi aux éditions du Seuil, elle présente aux électeurs son parcours et le projet collectif qu’elle porte pour les élections des 20 et 27 juin.

Dès les premières pages, vous présentez les combats qui vous ont construite. Pourquoi ?

Clémentine Autain Dans ce livre, je m’oppose et je propose. Et mon parcours est un atout pour diriger la région. J’ai grandi à Paris et j’ai participé à la première victoire de la gauche dans la capitale en 2001. J’ai fait le choix de vivre en banlieue, où je suis députée d’un territoire très populaire. Je connais les deux côtés du périphérique et je suis impliquée dans le combat contre les inégalités terri­toriales, que la droite ne cesse d’amplifier. La région a un budget de 5 milliards d’euros, qui touche aux transports, aux lycées, à l’aménagement du territoire… Si Valérie Pécresse est habile pour la communication, pour ­maquiller son bilan, celui-ci est des plus ­injuste : qui sait qu’elle a divisé par 2,5 la production de logements sociaux ?

Est-ce votre seul grief concernant le logement ? Quelles propositions lui opposez-vous ?

Clémentine Autain Valérie Pécresse refuse d’aider les villes qui ont déjà 30 % de logements sociaux et voudraient en créer de nouveaux, alors que 720 000 personnes sont en attente. Pour elle, le logement social ­signifie pauvreté et insécurité. Pour nous, c’est le moyen d’accéder à un logement abordable pour la majorité des Franciliens. Nous mettrons sur la mandature 1 milliard d’euros pour le logement social.

Si vous l’emportez, vous souhaitez mettre en place un « choc de solidarité ». Quelles mesures jugez-vous prioritaires ?

Clémentine Autain Le changement de cap sera immédiat. En Île-de-France, nous avons déjà perdu plus de 100 000 emplois en un an avec la crise sanitaire et sa ­mauvaise gestion. Avec la réforme de l’assurance­-chômage, une période de grande précarité va s’ouvrir. Sans attendre, nous appliquerons des mesures de gratuité dans les cantines des lycées, dans les transports pour les jeunes de moins de 25 ans et les bénéficiaires des minima sociaux. Contrairement à la droite, nous ne considérons pas les jeunes comme de potentiels fainéants ! Pour les soutenir, eux et leurs aînés, nous multiplierons par dix le budget pour l’aide alimentaire et créerons des dizaines de milliers d’emplois solidaires. Au-delà de ce choc de solidarité indispensable, il s’agit aussi de changer de modèle de développement, d’avoir pour boussole les enjeux écologiques et sociaux. Par exemple, en réorientant les aides économiques vers les entreprises locales, les coopératives et les associations.

Vous vous opposez à trois projets : EuropaCity, la rénovation de la gare du Nord et la fermeture de la raffinerie de Grandpuits. En quoi symbolisent-ils les limites du tout-libéral ?

Clémentine Autain Je les trouve emblématiques de ce qu’il ne faut plus faire. Les mobilisations menées contre montrent toute la créativité citoyenne pour imaginer des alternatives utiles et vertueuses. Mais construire des immenses centres commerciaux sur des terres fertiles ou fermer la seule raffinerie d’Île-de-France sont des aberrations sociales et écologiques.

Vous voulez accorder une grande place à la culture, avec notamment la création d’un Samu culturel. Y-a-t-il a urgence à revoir les politiques culturelles régionales ?

Clémentine Autain À l’inverse de Valérie Pécresse, qui favorise la préservation du patrimoine, en particulier des églises, nous voulons garantir la diversité culturelle et développer la créativité, le spectacle vivant. Notre région est avant-dernière en termes de moyens consacrés à la culture par habitant. Il faut investir dans les arts et la culture, vecteurs d’émancipation humaine.

Si vous êtes élue, quelles seront vos priorités en matière de transport ?

Clémentine Autain D’abord, nous nous opposerons à la privatisation que conduit à marche forcée Valérie Pécresse. Ensuite, nous investirons dans les transports du quotidien, notamment les réseaux de banlieue à banlieue comme les RER B et D. C’est l’inverse de ce que veut une présidente sortante qui préfère soutenir le CDG Express, train pour les riches, par obsession de la compétitivité. Enfin, nous voulons diminuer le transport routier et taxer les véhicules SUV pour financer la pratique du vélo.

Quel regard portez-vous sur ce début de campagne, où le thème de la sécurité est très présent et où, plus inquiétant encore, la présidente de région a clairement affiché son intention de faire barrage à la gauche sans dire un mot sur le RN ?

Clémentine Autain Valérie Pécresse, le RN et LaREM parlent matin, midi et soir de sécurité. Or, il ne s’agit pas d’une compétence de la région. Avec les termes « islamo­-gauchisme » ou extrême gauche, Pécresse tente de disqualifier toute la gauche et d’éviter les débats de fond, car elle sait que la gauche peut l’emporter, au soir du second tour, en Île-de-France. Notre région ne doit pas servir de marchepied à son ­ambition présidentielle. 

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