Clementine Autain : “l’atypique”

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Article publié le 10 mai dans Le Parisien, par Agnès Vives.

La députée LFI de Seine-Saint-Denis mène la liste «Pouvoir vivre en Ile-de-France» aux régionales, face à Valérie Pécresse (Libres!). Cette indépendante au parcours singulier représente aujourd’hui «le trait d’union» entre Insoumis et communistes.

Elle pourrait rester là toute la journée. Sous ce hangar de la Plaine Saint-Denis, au milieu des tonnes de produits accumulés par l’association MaMaMa mobilisée contre la précarité infantile, Clémentine Autain écoute les bénévoles, note au passage deux questions à poser à l’Assemblée nationale et promet l’aide de la région, si elle est élue. «C’est un choix politique.»

Ce mercredi-là, la députée LFI, créditée dans notre sondage de 11% des voix le 20 juin, est chez elle, en Seine-Saint-Denis. Pas besoin de faire les présentations. Les bénévoles reconnaissent d’emblée la figure médiatique.

Chanteuse à 10 ans

Il est loin le temps où la fille d’artistes, née en mars 1973 à Saint-Cloud (Hauts-de-Seine) et qui a grandi entre la place de Clichy et les Batignolles à Paris (XVIIe), débutait au côté de Bertrand Delanoë (PS). A l’époque, c’est le PCF qui la repère. Le PS ? «Surtout pas», avait-elle répondu à son oncle, François Autain, sénateur socialiste (puis au Parti de gauche) dont elle était très proche, quand il l’avait interrogée sur son souhait très jeune de faire de la politique. Alors qu’à 10 ans elle faisait ses premiers pas comme chanteuse. Une anecdote dont s’amuse encore l’ex-sénatrice (PCF) Nicole Borvo-Cohen-Seat, qui l’a vue entrer au Conseil de Paris en 2001 : «Clémentine était déjà très indépendante.» A 27 ans, l’adjointe à la jeunesse apprend vite. Céline Silhouette, élue dans l’opposition (1995-2001) avait remarqué cette qualité chez sa collaboratrice : «Elle avait de la ressource.»

Après un mandat, Clémentine Autain dit Ciao à la capitale. Elle adore pourtant y «marcher au hasard». Direction la Seine-Saint-Denis, pour raisons personnelles. Une banlieue Est qu’elle ne quitte plus. Son mari y enseigne. Ses enfants sont scolarisés «en éducation prioritaire».

«On m’a parlé de suicide politique», sourit-elle. Mais après les années «de contrats précaires», chroniqueuse à France Culture, prof à Sciences-po, la figure médiatique revient bel et bien : les municipales à Sevran, en 2014, et un an après, les régionales. Clémentine Autain siège deux ans, puis rejoint l’Assemblée. Un choix «compréhensible», selon Céline Malaisé (PCF), présidente du groupe Front de gauche à la région, qui repart à ses côtés : «Elle dénote. Il n’y a pas de petit jeu avec elle.»

Elle bouscule les codes

Cette indépendance force le respect. Y compris chez ses adversaires, comme l’ex-candidate LREM Elsa Wanlin. Mais agace tout autant. Ses critiques sur la ligne du parti aux Européennes en 2019, lui avaient valu la bronca des siens et les froideurs de Jean-Luc Mélenchon, dont elle fut la porte-parole lors de la présidentielle de 2012. «C’est elle qui a raison, il faut savoir s’affirmer», la défend aujourd’hui Raquel Garrido (LFI), numéro 2 de la liste dans le 93, «impressionnée par cette ambition décomplexée».

D’autres la taxent de «carriériste», d’«hautaine». La féministe, cofondatrice de l’association Mix-Cité dès 1997, sort les crocs : «Des hommes au même parcours que le mien n’essuieraient pas pareille critique. J’ai arrêté de vivre de la politique pendant très longtemps et je peux recommencer. Cela m’assure une certaine liberté.»

La liberté de penser, – l’intellectuelle à la tête du journal «Regards» écrit beaucoup –, et de prôner le rassemblement des gauches. «Elle s’est toujours située en trait d’union entre les communistes et les Insoumis», apprécie le député et ami Stéphane Peu (PCF). A ces régionales, elle s’est engagée pour une fusion des listes avec les autres candidats de gauche au second tour.

Bien avant la vague #Meetoo, en 2006, Clémentine Autain révèle dans un livre le viol dont elle a été victime, étudiante. En pleine Assemblée, elle raconte son IVG. Bousculer les codes ne l’effraie pas. «Dans une époque où on veut faire entrer tout le monde dans un moule, on a besoin de ce type de singularité», défend Gilles Poux, maire (PCF) de La Courneuve. Elle, «assume tout». Qu’importe les attaques.

Depuis des mois, François Asensi lui bat froid. L’ancien député qui l’a adoubée en 2017 dans la 11e circonscription de Seine-Saint-Denis n’a pas digéré qu’elle se présente aux régionales, sans un mot aux militants. Quand on l’interroge à son sujet, il ferme la porte : «Je n’ai rien à dire». Une «blessure», regrette la candidate. Mais les épreuves de l’enfance, une mère à la dérive, disparue quand elle n’avait que 12 ans, lui ont forgé le caractère. Elle n’est pas prête à baisser les bras : «Je mourrai en femme engagée.»

Ses cinq propositions phare

Dans son livre «Pouvoir vivre en Ile-de-France», paru le 6 mai aux éditions Le Seuil, Clémentine Autain dresse les grandes lignes de son programme, qui passe par «un choc des solidarités».

  • 1. La cantine gratuite pour les lycéens. Cette mesure pourrait s’appliquer dès septembre, pour les quatre premières tranches du quotient familial. Une mesure qui coûterait entre 12 et 19 millions d’euros.

  • 2. Des transports gratuits pour les jeunes et les plus précaires. La gratuité dans les transports dont profitent les jeunes Parisiens serait étendue à toute la région, aux 18-25 ans et aux bénéficiaires des minima sociaux.

  • 3. Une Ecole normale pour les soignants. Si la santé n’est pas une compétence principale de la région, la collectivité pourrait ouvrir une formation de 20 000 places pour les aides-soignants et les infirmiers, au cours de laquelle ils seraient rémunérés. En contrepartie, ils s’engagent à travailler dans le public pendant dix ans.

  • 4. « Un service public de la réparation ». La candidate souhaite multiplier par dix le nombre de ressourceries dans la région, en s’appuyant sur la création d’un centre de formations d’apprentis dédiés aux métiers de la réparation.

  • 5. Des « bons d’achat écologiques et solidaires ». Pour « impulser de nouvelles pratiques plus vertueuses » et soutenir les commerçants locaux, la région pourrait éditer ces chèques fléchés sur les commerces de proximité et un certain type de produits. Un bon acheté 50 euros par exemple, serait abondé de 20% par la région.

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